Évolution d'une carrière dans l'eSport : Les joueurs

Les joueurs : D’une logique de résultat à un statut d’intouchable

Bonjour à tous et bienvenus dans le second d'article dédié aux métiers de l'e-sport. Après le créateur de contenu, on va s'intéresser aux joueurs eux-mêmes. Vous constaterez ainsi qu'en plus d'être doué pour un jeu, une personne doit disposer d'autres aptitudes s'il elle veut percer dans la sphère professionnelle.

Cet article est rédigé par Den.


Sommaire

  1. Introduction
  2. Étape 1 : L'obligation de résultat pour sortir du monde amateur
  3. Étape 2 : L’intégration dans son écosystème
  4. Étape 3 : La pression du résultat à l’entrée du monde professionnel
  5. Étape 4 : Devenir un professionnel
  6. Étape 5 : Devenir une étoile du jeu vidéo
  7. Conclusion


1. Introduction

L’E-sport est un milieu avec de nombreuses facettes et des acteurs de tous horizons, devenu au fil du temps l’un des marchés les plus rentables au monde. Cependant, au cœur de ce tourbillon qu’est le sport électronique, on place toujours les joueurs comme le point de départ. 

En effet, la définition populaire de l’E-sport est souvent “Ce sont des gens qui jouent à l’ordinateur ou sur une console”, mettant bien les joueurs au centre de tout le monde qu’est aujourd’hui l’E-sport. 

Aujourd’hui, je vous propose d’explorer ce qu’est devenu une carrière de joueur avec le temps. Car s'il y a maintenant 20 ans, on pensait qu’un joueur E-sport, c’était simplement quelqu’un qui était plus fort que les autres sur son jeu de prédilection, ce n’est désormais plus aussi simple. 

Bien sûr, les capacités du joueur sont presque toujours le point de départ d’une carrière potentielle. Pourtant, l’univers numérique est devenu si grand avec le temps qu’on a vite fait de passer inaperçu ou de tomber dans l’oubli si l’on ne se repose que sur ses habiletés. 

Gestion de son image publique, relationnel avec son équipe avec son écosystème ou encore développement de l’après carrière : la vie de joueur professionnel est très loin de l’image de celle qui est récompensée pour toutes ses heures passées devant l’ordinateur durant l’adolescence.

Dans ce dossier sur l’acteur phare du monde de l’E-sport, je vous propose donc d’explorer les différentes étapes de la carrière d’un joueur professionnel, depuis ses débuts à une potentielle gloire internationale. 

Ce dossier sur les joueurs peut être plus ou moins précis selon le jeu dans lequel on s’investit. Le but de ces étapes est de proposer une suite logique d’événements, dans une optique globale, et les micro-environnements de chaque jeu peuvent affecter l’évolution de la carrière d’un joueur. 

*Si l’article est écrit au singulier, des groupes de joueurs dans les jeux par équipe peuvent suivre ce parcours également. 


2. L'obligation de résultat pour sortir du monde amateur

Le monde du jeu professionnel a probablement l’une des barrières à l’entrée les plus difficiles à dépasser en ce qui concerne l’insertion dans un milieu professionnel. En effet, si l’on peut enjoliver son Curriculum Vitae ou inclure des projets de groupe à son portfolio, il est difficile de mentir sur ses résultats en tournoi. 

De plus, avec la quantité de joueurs qui se lancent dans l’aventure de nos jours, il est assez difficile d’être convaincant avec des résultats épars ou une performance isolée dans le temps. 

Afin de convaincre une équipe de vous faire confiance, ou au moins de vous prendre en test, un joueur doit donc travailler sur plusieurs aspects de sa candidature.

Les résultats : Il faut absolument pouvoir témoigner de performances en tournoi ou sur le ladder qui attestent de vos capacités. C’est le point de départ. Si une performance sur un tournoi attendu peut vous valoir une petite notoriété temporaire, c’est souvent l’enchainement de tournois mineurs qui permettent de gagner sa place à un try-out ou d’être attendu sur un tournoi plus important.

La reconnaissance dans la sphère compétitive : À force d’obtenir des résultats, notre nom commence à signifier quelque chose pour les autres joueurs. Être reconnu par les autres est le signe que le joueur est sur la bonne route, et qu’il peut intéresser une équipe. 

L'attitude : Un aspect de plus en plus important avec l’emprise de la sphère sociale dans l'E-sport. Au-delà d’être reconnu, il est important que le nom du joueur ne soit pas entaché d’une mauvaise réputation, particulièrement dans les jeux d’équipes. 

Une fois ces trois aspects sous contrôle, le joueur peut tenter de rejoindre une équipe, mais n’est encore qu’au début de son aventure.  En effet, il est très rare que la, voir les premières équipes que le joueur rejoindra soient dans une capacité ou même une optique d’entretenir des ambitions professionnelles. 

Si l’on entend souvent parler de joueur semi-professionnel, cela sous-entend souvent un joueur qui bénéficie de l’encadrement d’une équipe, mais qui ne dégage aucun revenu de son activité. 

Cependant, ce passage par des équipes mineures, qui fonctionnent comme un filtre entre le passe-temps et la professionnalisation du joueur, est capital dans la vie du joueur. Cette phase lui permettra de familiariser avec les codes professionnels ainsi que de se construire un réseau qu’il pourra ensuite utiliser afin de devenir professionnel. 


3. L’intégration dans son écosystème

Une fois qu’il a réussi à intégrer une équipe, ou à se faire remarquer dans le cadre de jeux en solitaire, le joueur évolue désormais dans un environnement encadré, le monde compétitif. À l’intérieur de ce cadre, qui semble très peu contraignant vu de l’extérieur, on va retrouver les différentes attentes des communautés dans lequel le joueur va ou peut dorénavant évoluer.

Parmi ces communautés, on retrouve un mélange de groupes qui vont avoir un impact sur l’image du joueur, qui devra d’ailleurs à présent jongler entre une image privée et une image publique. La différence entre public et privé se fait essentiellement par rapport aux interactions du joueur. La sphère privée regroupe les groupes sociaux avec lesquels on interagit en privé, et la sphère publique des interactions à la vue de tous. Ces interactions sont théoriquement infinies, je n’ai conservé que les plus importantes à ce stade-là de la vie du joueur. 

Dans le cadre privé : 

  • Son équipe 
  • Les autres joueurs qu’il côtoie au quotidien 

Dans le cadre public : 

  • La sphère des réseaux sociaux de son jeu 
  • La sphère des réseaux sociaux de l’E-sport en général 
  • Les tournois auxquels il participe

À ce moment de son évolution, la sphère privée est beaucoup plus importante que l’image publique d’un joueur. En effet, en dehors d’une personne ouvertement toxique, mais celle-ci ne rentrera surement même pas dans une équipe, c’est sa réputation dans la sphère privée qui fera avancer le joueur le plus rapidement. 

Ainsi, si son implication dans le cadre public est sensiblement la même qu’auparavant, à la différence de partager ses résultats et ceux de son équipe, ne pas réussir à nouer des liens dans la sphère privée peut vite se révéler être un grand défaut

En dehors de ses résultats, c’est l’implication dans la vie de l’équipe et les relations qu’il va tisser avec les autres joueurs qui vont impacter l’évolution du joueur. En effet, si ce dernier a peu d’impact sur son image publique à l’heure actuelle, sa capacité à nouer des liens tout en continuant ses performances est le meilleur moyen de devenir un acteur reconnu de l’écosystème E-sport. 

Dans ce sens, l’effet de groupe peut être très puissant, et voir un nom revenir à la fois dans les discussions privées et dans les résultats des compétitions publiques donne très rapidement l’impression d’une ascension vertigineuse. 

En utilisant ce nouvel écosystème compétitif, le joueur a la possibilité d’atteindre des strates autrement impossible à envisager : les équipes professionnelles. C’est dans ce sens que les équipes amateures servent de filtres dans le monde de l’E-sport, exactement comme les associations sportives dans le sport traditionnel. 

Elles permettent de voir quels joueurs, parmi ceux qui ont réussi à susciter de l’intérêt grâce à leur niveau de jeu en solitaire, sont capables de s’adapter à un environnement compétitif encadré. De plus, cela permet de voir à quel point ces derniers sont en adéquations avec les codes de l’E-sport et capables de s’intégrer d’un point de vue social. Un aspect sous-estimé à ce stade d’une carrière, mais qui peut avoir de fortes répercussions par la suite, lorsque le public, les sponsors ou les journalistes entreront dans l’équation de la vie du joueur. Si le joueur est ainsi capable de passer ces premières étapes, il suscitera alors des attentes. D’abord de la part de son équipe, mais cette dernière étant un organisme public, qui cherche évidemment à gagner l’attention du public, elle ne se privera pas de mettre son joueur de confiance en avant. 

Ce faisant, elle lui donnera l’opportunité de passer à l’étape suivante, à condition qu’il soit capable de répondre aux attentes que l’on place en lui. 


4. La pression du résultat à l’entrée du monde professionnel

Si jusqu’à maintenant, le joueur devait faire ses preuves, que ce soit d’un point de vue du niveau de jeu comme de sa capacité à s’intégrer à l’écosystème de son jeu, l’attente est désormais de mise. 

En effet, ayant passé les deux barrières à l’entrée que sont le résultat et l’intégration à l’écosystème, sortes de test du joueur E-sport, le joueur fait son entrée dans un monde beaucoup plus professionnel et qui répond à des logiques plus basées sur celles de l’entreprise. Jusqu’à présent, si le joueur avait une rémunération, c’était essentiellement grâce à ses gains personnels. Le fait de rejoindre une équipe, même amateur, a dû lui ouvrir les portes des tournois hors ligne, que l’équipe lui défraie pour aller la représenter sur place. 

Entre tournois hebdomadaires en ligne et tournois en physique plusieurs fois dans l’année, un joueur performant peut espérer un petit complément de revenus, mais rien d’assez significatif pour en faire son métier à plein temps. Ainsi, la monnaie importante à ce stade de son évolution est la réputation qu’il a pu acquérir, c’est elle qu’il va échanger contre un potentiel salaire par la suite. 

Désormais convaincu qu’il souhaite faire de cette passion son métier à plein temps, le joueur va chercher à rémunérer son activité. Plusieurs options s’offrent à lui : 

  • Démarcher les équipes en capacités d’offrir un salaire. En espérant que ces dernières aient entendu parler de lui durant l’étape précédente. Cette option existe sur les plus gros jeux du moment (League of Legends, Rocket League, Counter Strike…) mais est souvent inatteignable sur des jeux mineurs. 
  • Commencer une activité de création de contenu afin de dégager un peu de revenu. L’idée ici est de tirer profit de sa nouvelle exposition pour attirer une audience. L’option par défaut dans les jeux mineurs, la quantité d’équipe pouvant rémunérer leurs joueurs étant très faible. 
  • Chercher à entrer dans les tournois à beaucoup plus gros potentiels de gains monétaires ou de visibilité. Ce sont généralement des tournois du circuit mondial, ou des événements sur invitation mélangeants personnalités reconnues et joueurs compétitifs. 

Si ces options vont largement orienter la carrière du joueur, voire le faire basculer dans une catégorie différente*, elles ont toutes un point commun quant à leur réussite : la pression du résultat

C'est le cas dans une équipe qui vous paye un salaire et qui donc investi dans vos dispositions à être performant et régulier. Idem avec une audience qui s’est créée autour de votre réputation sur le jeu et qui en conséquence s’attend à voir quelqu’un largement au-dessus de la moyenne et divertissant. C'est la même chose dans un tournoi dont le résultat va directement impacter votre revenu et votre réputation. L’optique est désormais différente car se sont ajoutées des attentes vis-à-vis de vos performances. 

Jusqu’à maintenant le joueur devait être performant parce que c’était sa porte d’entrée vers le monde professionnel du jeu vidéo. Il pouvait alors dissimuler un peu ses mauvaises performances et mettre en avant les plus impressionnantes dans le but de se faire connaître. Dorénavant, le joueur doit être performant puisqu'il s’agit de son travail et qu’il est suivi. De ce fait, il ne peut pas décider de ce qui sera connu du grand public ou pas.  Chaque mauvaise performance peut impacter l’image de son équipe ou son audience, là où les bonnes performances sont attendues, car c’est la raison pour laquelle il est arrivé si loin. Cette nouvelle pression, qui provient du turnover permanent dans les joueurs ainsi que la volatilité de l’image sur internet, est très difficile à gérer pour un joueur. Elle a même souvent tendance à impacter ses performances, le joueur n’étant plus aussi insouciant qu’à ses débuts. De plus, au fur et à mesure que l’on avance dans les strates compétitives, le niveau des concurrents augmente également. Il faut ainsi continuer de progresser dans son niveau de jeu tout en intégrant ces nouveaux codes socioprofessionnels. 

De façon inconsciente, le joueur emmagasine des tonnes d’informations qui sont inutiles à son niveau de jeu mais nécessaires à sa nouvelle vie de joueur professionnel. Il va ainsi devoir continuer, voire améliorer ses performances du passé, tout en développant ses activités rémunératrices qui peuvent vite devenir chronophages. 

C’est cet équilibre, très difficile à obtenir, et qui passe fréquemment par une phase de grand déséquilibre (la quantité de joueurs en manque de sommeil ou d’activité physique en E-sport est hors normes) qui permet ensuite de pleinement devenir un professionnel. Souvent, la stabilité apportée par la situation familiale ou le tutorat d’autres joueurs plus expérimentés sont essentiels au succès de cette phase. 

*Dans mon cas, j’ai commencé en tant que joueur pour l’équipe JudgeHype en 2014 et ait fait la transition vers l’écriture d’articles et le coaching avec le temps, en conservant un aspect jeu diminué en parallèle. Cependant, ma réputation sur Hearthstone impacte directement les vues de mes articles et la quantité de demandes que je reçois en coaching. 


5. Devenir un professionnel

Une fois que le joueur a réussi à trouver son équilibre, ainsi qu’à obtenir une source de revenus stable, il peut être considéré comme professionnel, et c’est fréquemment cette phase qui est décrite comme “le rêve de tout joueur de jeux vidéo”. La réalité est assez différente et compte tenu de l’âge moyen des joueurs en E-sport, beaucoup de joueurs ne parviennent pas à devenir professionnel, non par manque de talent, mais dans leur incapacité à s’adapter à ce statut de professionnel. 

Lors de sa période professionnalisation, le joueur va souvent se concentrer sur une seule des potentielles sources de revenu qui s’offre à lui (Équipe, Audience ou Tournois en nom propre), laissant les deux autres à plus d’opportunisme. 

Une fois qu’il a réussi à obtenir une situation stable vis-à-vis de sa source de revenu principale cependant, le joueur aura tendance à essayer de développer les autres. Habituellement, ce phénomène se produit assez naturellement, les trois sources de revenus partageant plusieurs points communs. 

Lorsque le point de départ est la signature dans une équipe

  • L’audience devrait se développer d’elle-même, grâce à la communication de l’équipe autour du joueur. Ainsi, le joueur peut assez facilement disposer d’une base qui lui servira de cercle proche s'il souhaite créer du contenu. 
  • C’est évidemment dans l’intérêt de l’équipe que le joueur soit visible et participe à un maximum de tournois. Il devrait donc pouvoir compter sur le soutien de son équipe pour participer à plus d’événements
  • La signature dans une équipe est souvent l’option la plus bénéfique pour un joueur, mais également la plus difficile à atteindre. Grâce à l’encadrement de l’équipe et l’immersion auprès des autres joueurs, le nouvel arrivé aura tendance à trouver son équilibre et à s’intégrer beaucoup plus facilement que s’il était en solo. 

Lorsque le point de départ est la création d’une audience

  • Il est connu qu’entretenir une audience et être un compétiteur de haut niveau ne sont pas des choses aisément compatibles. Ce passage par la création de contenu peut influer sur les résultats du joueur. Ainsi, plutôt de chercher une équipe, un joueur qui a dû se tourner vers la création de contenu pour vivre aura tendance à chercher des sponsors. Il pourra ensuite utiliser ces sponsors comme un levier auprès d’une équipe et faire une transition de retour vers le monde compétitif.
  • Dans le cadre de tournois, une audience peut être un gros plus afin d’obtenir des invitations. Cela permet également de conserver une actualité compétitive et donc de rester sur le radar d’équipes ou des autres organisateurs de tournois. L’existence de ces tournois, comme les Twitch Rivals par exemple, est la raison pour laquelle de nombreux joueurs arrivent à se passer d’une équipe de nos jours. 

Lorsque le point de départ est la participation en tournoi en son nom propre :

  • Bien que des performances sur le circuit mondial peuvent permettre de vivre de son activité, se reposer sur le seul gain des tournois peut être très risqué à long terme. En effet, les tournois permettant de gagner l’équivalent du salaire minimum ne sont pas si communs. De plus, dans un jeu par équipe, cela est encore plus difficile de concourir avec des écuries qui s’entrainent ensemble au quotidien. Cette option est ainsi souvent réservée aux jeux en solitaire, et même dans ce cas-là, seule une poignée de joueurs réalisent l’exploit d’être rentable à l’échelle d’une année. Par conséquent, le joueur devra être capable de se vendre pour développer une stabilité, sous peine de rester bloqué dans une obligation de résultat pour très longtemps. 
  • Dans le cas des joueurs qui bénéficient encore d’un soutien familial, certains tentent d’investir leurs gains de tournois. Ils utilisent ainsi le jeu comme une façon de financer d’autres projets, et ainsi de créer une stabilité en dehors du jeu, qui leur permet de trouver un équilibre pour continuer à performer. 

Si d’un point de vue monétaire, le choix de participer à des tournois sans le soutien d’une équipe peut sembler être le plus dangereux, il y a d’autres aspects à prendre en compte. Notamment, le fait de rejoindre une équipe, ou de se reposer sur la création d’une audience demande beaucoup plus de rigueur que le fait de s’organiser seul. 

Ainsi, on pourrait comparer chacune de ces trois voix à des parcours professionnels bien distincts : 

  • Rejoindre une équipe professionnelle correspond au monde de l’entreprise, avec une situation proche du salariat. Il faut savoir vivre en groupe, suivre un planning, respecter la hiérarchie et se plier aux ambitions globales de la structure.
  • Décider de se bâtir une audience grâce à notre notoriété de joueur se rapproche de la vie de créateur de contenu. Il faut ainsi être capable d’animer des communautés, de faire preuve de créativité ainsi que d’être très actif sur les réseaux sociaux en plus de sa vie de compétiteur.
  • La participation aux tournois peut s’apparenter à la vie d’un Freelance, qui choisit de mettre en avant sa liberté au prix d’une situation potentiellement précaire à la suite d’une contre-performance. Là où une équipe vous soutient et vous met en avant, un joueur seul doit savoir se vendre s'il veut s’attirer des contrats comme du sponsoring par exemple. 

Dû à la prolifération de cette image de rêve du statut de joueur professionnel au fur et à mesure des années, les nouveaux aspirants ont tendance à négliger le travail que représente le fait de devenir un professionnel. Gestion de son image, un entrainement rigoureux ou encore le fait d’être constamment dans une logique de représentation, de soi-même, de son équipe ou bien d’une marque. 

Ce sont la compréhension et l’assimilation de ces notions, qui deviennent une seconde nature avec le temps, qui font que le joueur aura une carrière durable, tout autant que ses compétences sur le jeu. Et grâce à cette durabilité, il aura l’occasion de s’élever au rang d’icône, et sortira du cadre du simple joueur.


6. Devenir une étoile du jeu vidéo

Si la gigantesque majorité des joueurs resteront à l’étape précédente, qui leur permet de vivre de leur passion et convient parfaitement à leurs aspirations, certains chercheront à aller encore plus loin et à sortir du simple cadre de la compétition, en devant un nom reconnu et associé à leur jeu. 

Évidemment, devenir une référence et avoir le statut de favori dans n’importe quel tournoi auquel on peut participer ne vient pas en un jour. C’est en cumulant les résultats au fil du temps que l’on arrive à devenir la bête noire du circuit compétitif. 

Mais s'il n’existe pas de recettes sur la façon de devenir une célébrité sur son jeu, en dehors du fait d’être dominant pendant une longue période, on peut noter que ce nouveau statut s’accompagne de nombreux avantages

La première chose, c’est le fait que le joueur gagne une aura qui l’accompagnera tout au long de sa carrière, même si ses résultats venaient à changer. Cette aura s’accompagnera de la reconnaissance éternelle de la part de la communauté du jeu, synonyme d’invitation à la majorité des tournois ou de pouvoir choisir l’équipe que l’on souhaite représenter. 

Si, au départ, c’est nouvelle aura peut être difficile à gérer, l’attente qui plane autour de chacune de ses apparitions compétitives pouvant être source d’une énorme pression, l’entourage par l’équipe et l’habitude de la compétition font que ce soutien populaire peut galvaniser le joueur, l’encourageant à être encore plus compétitif. 

Cependant, une fois que le joueur a pris conscience de son nouveau statut, on peut souvent voir la performance passer au second plan. En effet, comme dans la majorité des secteurs, la célébrité amène à recevoir énormément de sollicitations et donc à des distractions. Cette aura attirera alors des partenaires qui souhaitent s’en servir à des fins commerciales. 

Promotions d’événements, mise en avant de marques ou interviews à répétition, il est très facile de perdre de vue le rythme de vie nécessaire à la compétition lorsque l’on est demandé par toute une communauté et que notre pseudonyme est vendeur. Ainsi, nombreux sont les exemples de joueurs qui, une fois arrivés au sommet de la montagne compétitive, en ont profité pour bifurquer vers des sources de revenus moins contraignantes à entretenir dans le temps, ou ont simplement profité du fait qu’ils avaient accompli leurs objectifs et avaient besoin de repos. 

En effet, le second aspect qui vient avec la célébrité dans le monde du jeux vidéo, c’est le fait qu’il n’existe plus vraiment de barrière entre vie professionnelle et vie privée. Au-delà du fait que le lien très étroit entre E-sport et réseaux sociaux pousse à être en permanence actif sur ces derniers, être capable de conserver le statut de “meilleur joueur” signifie de le remettre en jeu à chaque apparition. Ainsi, une star dans un jeu est attendue, par son équipe et par le public, à chaque tournoi, et n’est pas vraiment dans une situation où le refus de participer est une option. 

Lors des débuts de la compétition en E-sport, il existait une théorie comme quoi les joueurs seraient bien plus durables que dans le sport traditionnel. Et que la demande physique moins importante qui pèse sur les joueurs leur permettrait d’être compétitif bien plus longtemps que la moyenne dans le sport traditionnel. En réalité, la moyenne d’une carrière en E-sport est pour l’instant beaucoup plus basse que dans les sports physiques.

Outre le fait que la demande énergétique est bien supérieure à ce que l’on pensait, et que le rythme d’entrainement est comparable à celui des sportifs, c’est le turnover absolument fou qui existe, dû au fait qu’internet est infiniment plus rapide que la réalité, qui fait qu’un joueur peut disparaitre du jour au lendemain pour diverses raisons. 

Ainsi, lorsqu’un joueur atteint le statut ultime de la profession, toutes les portes s’ouvrent à lui en termes de reconversion, et il serait stupide pour lui de ne pas les utiliser pour planifier sa vie d’après. 


7. Conclusion

L’image du joueur qui passe directement de sa chambre à la grande scène mondiale est encore d’actualité mais n’est plus pour autant représentative de ce qu’est l’E-sport de nos jours. À la place, une majorité des joueurs qui parviennent à gagner les faveurs du public ont suivi un long parcours qui débute dans le monde amateur. De nos jours, une majorité des joueurs professionnels ont passé plus de temps à tenter de réussir qu’à profiter de cette réussite. 

Si les créateurs de contenus sont l’exemple de la mise en avant de la réussite, seuls les plus connus parvenant à nos oreilles, les joueurs ne sont pas si différents. En effet, la majorité des jeux ne retiennent que le vainqueur des tournois et les actualités concernent tout au plus le top 8 ou 16 d’un tournoi qui a engagé des centaines de participants. 

De nos jours, il existe bien trop de joueurs talentueux pour qu’ils obtiennent tous une chance d’entrer dans le monde professionnel.

Ainsi, au-delà de ses performances au-dessus de la moyenne, le joueur professionnel moderne est essentiellement quelqu’un qui a su comprendre les codes du secteur de l’E-sport et les utiliser pour mettre en avant ses résultats. En apprenant à se comporter, à communiquer et à représenter les attentes des acteurs du milieu, un joueur multiplie ses chances d’être repéré et d’avoir une chance d’en faire un métier. 

Une fois qu’ils ont su se faire une place, on peut la leur envier car le métier de joueur professionnel reste un fantasme pour beaucoup, comme il l’est dans les autres sports. Mais plus le temps avance et plus ces fantasmes se rapprochent de la réalité du monde du travail.


Cette page a été mise à jour le 2 septembre 2022 à 11h15
Cette page a été créée le 29 août 2022 à 13h35
1 commentaire - [Poster un commentaire]


Membre
Lachose #853
Posté le samedi 3 septembre 2022 à 11h19  -  #1
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Allons Judge, ne me donne pas envie de faire de l'e-sport, je risque de battre tout le monde et de les dégoûter si je m'y mets  


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