Le Pay to Win, ça n’existe pas : Un article exclusif pour les lecteurs de JudgeHype !

Les microtransactions, 2ème partie
JudgeHype | 04/06/2024 à 14h38 - 6

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Dans la première partie de cette analyse des façons de nous soutirer de l’argent par le biais des microtransactions, nous avons discuté de plusieurs leviers psychologiques que pouvaient utiliser les éditeurs pour nous soutirer nos deniers. 

Si j’ai voulu donner sa propre partie au Pay to Win, c’est parce qu’il le mérite bien. Non seulement c’est une des choses les plus discutées dans le monde des jeux vidéo quand on parle de microtransactions, c’est aussi le levier psychologique le plus efficace. 

“Win”. Quel mot magnifique, qui englobe absolument tout ce dont nous avons discuté dans la première partie. On y retrouve la notion de succès, d’atteinte de l’objectif, de validation par les autres, et on a gardé le terme anglais pour être sûr que tout le monde puisse l’utiliser, même d’une culture à une autre. 

Et oui, le terme “Pay to Win”, c’est la plus grosse arnaque de toutes. Pourquoi ? C’est dans le titre, ça n’existe pas. 


1. Le Pay to Compete

Si je traduis littéralement, “pay to win” signifie payer pour gagner, ce qui est une incitation à l’achat, mais a le mérite de garantir un résultat en échange. En réalité, il n’y aucun jeu qui tienne vraiment cette promesse. Payer vous garantit des ressources qui vous mettront dans des conditions optimales pour gagner, mais aucun jeu ne peut vous promettre la victoire face à un autre humain. Tout au mieux, il vous promet les récompenses de cette victoire, en sautant la case affrontement. Tout simplement parce que si cet humain a, lui aussi payé, le jeu ne peut promettre aux deux camps de l’emporter en même temps.

La situation est donc loin de la promesse “payez, vous gagnerez”. On est beaucoup plus proche d’un “payez, vous ne serez pas désavantagé face à autre joueur qui a aussi payé”. 

Mettre le porte-monnaie de chacun en concurrence, ça existe depuis très longtemps, et ça s’appelle la vente aux enchères. C’est un système qui marche très bien et qui tire parti de l’orgueil de chacun, car souvent les prix montent plus pour montrer la capacité à acheter que le besoin d’acheter lui-même.

Dans le cadre des microtransactions, le principe est exactement le même. On va faire passer au second plan le fait que vous dépensez de l’argent, pour se concentrer sur ce qui vous intéresse : gagner. Et voilà, le “pay to win” est né. 

Faites l’exercice, et dites “pay to compete” à la place la prochaine fois que vous avez envie d’acheter quelque chose dans un jeu. Vous devriez sentir que le passage à l’acte se fait beaucoup moins naturellement, puisque vous avez retiré la partie la plus importante de l’équation : la victoire.


2. Le besoin de victoire

Si le mot “win” est aussi important, c’est parce que beaucoup, vraiment beaucoup de choses dans le monde vidéoludique se résume à gagner. Encore plus depuis l’avènement des réseaux sociaux et la possibilité de montrer à tout le monde à quel point on est performant. 

Partager avec les autres est un besoin primaire pour chacun d’entre nous. C’est comme ça, on a ce besoin d’interagir avec les autres et d’obtenir une forme d’approbation de leur part. Sans aucun suspense, on a vite compris que c’était plus simple d’obtenir l’approbation de nos pairs avec un joli rang légende qu’une photo de profil Poulet Furieux.

Les modèles de “pay to win” vont donc capitaliser sur ce besoin de reconnaissance en chacun d’entre nous avec une proposition très simple : de l’argent contre l’approbation de nos pairs. 

Il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin pour s’en rendre compte. Les milliardaires sont tout aussi connus que les stars de la musique. Le métier d’influenceur explose, basé uniquement sur la manipulation de l’approbation des gens qui les suivent. Il n’y a jamais eu d’époque pendant laquelle être reconnu n’a eu autant de valeur. Nécessairement, quand on vous le propose pour 3,99 $ dans un jeu mobile, ça ne peut que valoir le coup. 

Seulement voilà, on le propose à tout le monde, pas exclusivement à vous. Cette petite transaction qui va permettre de vous débloquer en fera de même pour les milliers d’autres personnes qui l’accepteront. Ainsi, vous les retrouverez au palier suivant, qui présentera exactement le même problème : payer ou trouver la solution par soi-même sous peine de perdre l’approbation de nos pairs. 

Plus on laisse la situation s’installer, plus on apprécie ces décharges de dopamine à chaque fois que quelqu’un nous félicite pour notre succès. On veut donc de plus en plus de succès, et si possible de plus en plus vite parce que bon, attendre, c’est comme perdre, c'est pas chouette.

En plus, on a plein de choses à faire alors on ne peut pas investir des heures dans un jeu. Comment voulez-vous qu’on avance sans payer, et avec le peu de temps qu’il nous reste dans la semaine pour jouer et se détendre. Vous croyez que c’est amusant de farmer des ressources pour jouer ? J’ai un bon travail, donc j’en profite pour me faire plaisir et payer me permet de ne faire que les parties du jeu qui m’intéresse. 

J’ai entendu ces arguments des centaines de fois. Ce sont de bons arguments en réalité. Le problème ? Ceux qui conçoivent les jeux “pay to win” les connaissent aussi.

Photo de ELLA DON sur Unsplash


3. Le Pay to Advance

La société d’aujourd’hui pousse à constamment avoir des choses à faire. Pas forcément importantes, mais la quantité de possibilité d’activités est proche de l’illimité pour quelqu’un qui vit dans un pays développé. Sorties, clubs, jeux, programmes TV… Les moyens d’occuper le temps que nous avons en dehors du travail et de la vie de famille sont plus que nombreux. Naturellement, nous avons donc moins de temps à consacrer à une seule activité et sommes logiquement limités dans notre progression de cette dernière. 

Alors, quand on nous propose de payer pour avancer, on y voit un moyen d’accéder rapidement à la partie intéressante de l’activité, et surtout celle qui nous donnera ce sentiment d’accomplissement. Arrivent alors deux problèmes : 

  • Bombardé dans une complexité que l’on est incapable de gérer, puisque l’on a sauté toutes les étapes préalables, on est très vite sujet à la frustration.
  • Complètement perdu au milieu de toutes les informations disponibles à cette étape, encore une fois parce que l’on a avancé trop vite, on perd nos repères et sommes prêts à accepter tout type d’aide. 

Vous voulez essayer de deviner qui est une cible facile pour les vendeurs de microtransactions ? Quelqu’un de frustré et qui accepterait l’aide du premier venu pour l’aider à se débloquer. 

Bien sûr, on va éviter de lui dire que plus il paie, plus il avancera dans le jeu. Il devra donc faire face à plus de complexité, gérer plus d’informations, tout cela en étant encore moins bien préparé que la phase précédente qu’il avait déjà sautée en payant. 

On refait cette boucle quelques fois et on se retrouve avec un joueur qui ne sait plus rien faire sinon payer pour continuer d’avancer. Malheureusement, rongé par le besoin d’avoir l’approbation de ses pairs à qui il a parlé de cette activité, il ne sait plus dire stop. Voici le schéma classique de celui qui investit des fortunes dans un jeu dont il ne trouve même pas le temps de profiter. 

Alors arrêtons avec cette histoire de “pay to win”, ça aide plus ceux qui veulent vendre que ceux qui sont victimes de ces microtransactions malveillantes. Je ne vous dis pas de ne pas mettre d’argent dans les jeux. C’est votre argent, donc votre décision, et surtout votre plaisir. Essayez juste de ne pas vous faire prendre pour un idiot quand vous le faites.

Article écrit avec amour par den

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