Activision Blizzard poursuivi pour discrimination et harcèlement sexuel en Californie

Activision et Blizzard dans la tourmente
JudgeHype | 22/07/2021 à 11h40 - 108

Le ministère californien de l'emploi équitable et du logement a déposé plainte envers Activision Blizzard pour discrimination envers certains de ses employés. En cause, des comportements jugés hautement inappropriés envers les femmes et un sexisme qui perdure depuis longtemps, que ce soit chez Activision ou Blizzard.


Les faits reprochés à Activision Blizzard

Le document déposé auprès de la Court supérieure de justice du conté de Los Angeles, en Californie, fait pas moins de 29 pages. Le ministère californien de l'emploi commence par présenter les forces en présence. Activision Blizzard est une société d'envergure mondiale dont le chiffre d'affaires et les bénéfices ont explosé ces 20 à 30 dernières années.

Le ministère estime qu'Activision Blizzard ne s'est pas adapté au fil des ans. Alors que la moitié des joueurs sont aujourd'hui de sexe féminin, les femmes représentent seulement 20% des employés, et ce pourcentage baisse lorsqu'on monte dans les hautes sphères des dirigeants. Le CEO et les rôles-clés ont toujours été offerts à des hommes blancs, et très peu de femmes occupent un poste dotés de grandes responsabilités.

De plus, le ministère met en exergue les différences de salaires entre hommes et femmes, et ce malgré des postes similaires. Il estime que les femmes reçoivent moins de promotions et sont parfois forcées à quitter la société.

Il semblerait également qu'une certaine fraternité existe entre les hommes, lesquels ne manquent pas de régulièrement boire de l'alcool et d'avoir des comportements inappropriés auprès de la gente féminine. Certains témoignages font état d'employés copieusement alcoolisés qui se contenteraient de jouer aux jeux vidéo, déléguant les responsabilités aux employées, tout en abordant leur physique et en leur proposant des relations sexuelles. Des blagues sur les viols, ou des remarques sur la poitrine des employées, seraient également récurrentes.

Le ministère accuse également Activision Blizzard de passer l'éponge trop régulièrement auprès des employés responsables de ce type d'agissements. Un témoignage fait aussi état d'une employée s'est suicidée lors d'un voyage d'affaires avec un superviseur masculin qui aurait apporté des plugs et du lubrifiant avec lui pendant le voyage.

Plusieurs autres faits sont reprochés à Activision Blizzard :

  • Des discriminations au niveau salarial, les femmes étant souvent moins bien rémunérées qu'un homme pour un poste équivalent.
  • Les femmes recevraient moins d'actions et de contreparties que leurs homologues masculins.
  • Les femmes enceintes seraient sujettes à discrimination. Lorsque l'une d'elles a demandé d'être rémunérée pour le travail de manager qu'elle offre au quotidien, le responsable aurait indiqué qu'il ne pouvait pas prendre le risque de lui offrir le poste puisqu'elle pouvait tomber enceinte et être absente trop souvent, avec à la clé des évaluations négatives pour les femmes absentes trop régulièrement.
  • Les femmes de couleur seraient également la cible de discriminations particulières.


Blizzard accusé également

Plusieurs plaintes ciblent également J. Allen Brack, CEO de Blizzard. Si son comportement envers les femmes n'est pas remis en question, il s'agit surtout d'un mécontentement suite au laxisme dont il aurait fait preuve après que des employés lui aient remonté diverses informations. L'absence de mesures fortes envers les responsables est pointée du doigt.

Les employés auraient été encouragés à ne pas se plaindre auprès du département des Ressources Humaines, lequel semblerait de plus peu efficace à gérer ces situations, tant en terme d'efficacité que de confidentialité. Les victimes de harcèlement auraient été encouragées à se taire et auraient été transférées dans d'autres unités, ou auraient simplement été licenciées.

Une femme témoigne également du fait que malgré d'excellentes performances, des revenus très élevés pour ses campagnes marketing et un travail acharné, son homologue masculin aurait droit à des réunions hebdomadaires avec le vice-président, ce qui lui avait été refusé. Certains responsables refuseraient même de communiquer avec les employés de sexe féminin, préférant se référer aux hommes pour obtenir des informations.

Alex Afrasiabi, qui a passé 14 ans chez Blizzard avant de quitter la société en 2020, est également accusé de harcèlement sexuel. Lors d'une BlizzCon, il aurait demander en mariage plusieurs employées et aurait essayé de les embrasser. Ceci aurait eu lieu devant plusieurs témoins, y compris des superviseurs qui ont dû intervenir pour le faire reculer. Alex serait coutumier du fait, les employées de Blizzard allant même donner le nom de "Crosby Suite" à la chambre d'hôtel d'Alex, en référence au violeur Bill Cosby.

D'après les témoins, J. Allen Brack aurait eu des discussions avec Afrasiabi au sujet de son comportement mais cela n'aurait pas été plus loin que de simples remontrances. Cette histoire est confirmée par Stephanie Krustick sur Twitter, qui explique être une des femmes concernées par les propos et gestes d'Alex Afrasiabi.


Plusieurs employés de Blizzard, qui ont quitté la société ces 5 dernières années, ont témoigné sur Twitter de l'ambiance qui règne parfois dans les locaux d'Irvine. Cela concerne par exemple un Game Master, un membre d'Overwatch Esports, un autre de l'équipe communautaire ou encore un Software Engineer. La liste et les liens vers les tweets sont disponibles sur ce sujet de Reddit.


Activision Blizzard répond aux allégations du ministère de l'emploi

Activision Blizzard n'a pas tardé à réagir aux allégations du ministère de l'emploi et voici la réponse, traduite en français pour vous en faciliter la lecture. Si on lit entre les lignes, Activision admet qu'il y a eu des soucis mais estime que certains témoignages et allégations sont faux.

Il faudra évidemment attendre avant d'en savoir plus, mais les comportements inappropriés qui ont eu lieu doivent être punis et tout doit être fait, à l'avenir, pour que cela ne se reproduise plus, c'est une évidence.

En ce qui concerne les problèmes de salaires et les réflexions que peuvent avoir certains hommes envers les femmes, c'est une autre paire de manche... C'est quelque chose qui a aussi lieu dans d'innombrables entreprises en Europe et si la situation s'améliore progressivement, on est encore loin du compte.

Nous valorisons la diversité et nous nous efforçons de favoriser un milieu de travail qui offre l'inclusivité pour tous. Il n'y a pas de place dans notre entreprise ou notre industrie, ou dans aucune industrie, pour une inconduite sexuelle ou un harcèlement de quelque nature que ce soit. Nous prenons chaque allégation au sérieux et enquêtons sur toutes les réclamations. Dans les cas liés à une inconduite, des mesures ont été prises pour régler le problème. 

Le DFEH (Dept Fair Employment & Housing, ndlr) comprend des descriptions déformées, et dans de nombreux cas fausses, du passé de Blizzard. Nous avons été extrêmement coopératifs avec le DFEH tout au long de leur enquête, notamment en leur fournissant des données et une documentation abondantes, mais ils ont refusé de nous informer des problèmes qu'ils percevaient. Ils étaient tenus par la loi d'enquêter de manière adéquate et d'avoir des discussions de bonne foi avec nous pour mieux comprendre et résoudre toute réclamation ou préoccupation avant d'aller en justice, mais ils ne l'ont pas fait. Au lieu de cela, ils se sont précipités pour déposer une plainte inexacte, comme nous le démontrerons devant le tribunal. Nous sommes écoeurés par le comportement répréhensible de la DFEH de traîner dans la plainte le suicide tragique d'une employée dont le décès n'a aucune incidence sur cette affaire et sans égard pour sa famille en deuil. Bien que nous trouvions ce comportement honteux et non professionnel, c'est malheureusement un exemple de la façon dont ils se sont comportés tout au long de leur enquête. C'est ce type de comportement irresponsable de la part de bureaucrates d'État irresponsables qui chassent de Californie bon nombre des meilleures entreprises de l'État. 

L'image que le DFEH brosse n'est pas le lieu de travail Blizzard d'aujourd'hui. Au cours des dernières années et depuis le début de l'enquête initiale, nous avons apporté des changements importants pour tenir compte de la culture d'entreprise et refléter davantage de diversité au sein de nos équipes de direction. Nous avons mis à jour notre code de conduite pour mettre l'accent sur un objectif strict de non-rétorsion, amplifié les programmes internes et les canaux permettant aux employés de signaler les violations, y compris la « liste ASK » avec une hotline d'intégrité confidentielle, et introduit une équipe de relations avec les employés dédiée à enquêter sur les préoccupations. Nous avons renforcé notre engagement en faveur de la diversité, de l'équité et de l'inclusion et avons combiné nos réseaux d'employés au niveau mondial pour fournir un soutien supplémentaire. Les employés doivent également suivre une formation anti-harcèlement régulière et le font depuis de nombreuses années. 

Nous déployons des efforts considérables pour créer des programmes et des politiques de rémunération justes et gratifiants qui reflètent notre culture et notre entreprise, et nous nous efforçons de payer tous les employés équitablement pour un travail égal ou sensiblement similaire. Nous prenons diverses mesures proactives pour nous assurer que la rémunération est déterminée par des facteurs non discriminatoires. Par exemple, nous récompensons et rémunérons les employés en fonction de leurs performances, et nous organisons des formations anti-discrimination approfondies, y compris pour ceux qui font partie du processus de rémunération. 

Nous sommes confiants dans notre capacité à démontrer nos pratiques en tant qu'employeur garantissant l'égalité des chances qui favorise un lieu de travail favorable, diversifié et inclusif pour nos employés, et nous nous engageons à poursuivre cet effort dans les années à venir. Il est dommage que la DFEH n'ait pas voulu discuter avec nous de ce qu'elle pensait voir dans son enquête.


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